Fort de Vaujours (93) : " l'absence de transparence " de l'état du site


La prochaine mise aux enchères d'un ancien fort provoque un tollé parmi les défenseurs locaux de l'environnement. Un mécontentement qui s'est propagé jusqu'au Conseil régional où élus Verts et exécutif demandent des réponses aux questions qu'ils posent.
Le fort de Vaujours était, jusqu'en 1997, un centre de recherche dépendant du Commissariat à l'énergie atomique (CEA). Un ancien ingénieur du centre a déclaré au journal " Le Parisien " y avoir effectué des tirs d'uranium préparatoires à la fabrication de la bombe atomique. Certains de ces essais ont été réalisés en milieu fermé, d'autres à l'air libre. Ces affirmations ont confirmé dans leurs doutes des militants écologistes qui posaient des questions sans recevoir de réponse depuis une dizaine d'année. C'est le cas notamment de Maurice Le Calvez, un conseiller municipal Vert de Tremblay. En 1999, par exemple, il s'étonnait par courrier à l'Andra que le site du CEA de Vaujours ne figure pas à l'inventaire de cet organisme qui est précisément chargé du recensement. L'élu recevait par écrit une curieuse réponse : l'Andra l'informait que ce lieu public lui était inconnu et lui demandait de bien vouloir lui en indiquer la localisation exacte… La ville de Tremblay qui compte 34.000 habitants, est située à vol d'oiseau à environ 1.200 mètres du fort.
Le conseil régional, alerté, a rapidement réagi. Il souligne que
" le nombre de sites et les impacts de contamination sur le milieu et les populations sont actuellement mal évalués ", c'est pourquoi il estime " nécessaire de dresser un état des lieux précis des sources radioactives existantes en Ile-de-France et du niveau de risque correspondant ".
Alain Rist, vice-Président chargé de l'environnement, a souligné " l'absence de transparence " sur l'état du site et plaide pour qu'au niveau de la Région
" un large recensement soit entrepris, en liaison avec les acteurs publics et privés et les associations concernés (EDF-GDF, SNCF, CNRS, ANDRA, etc…), qui soit à terme, validé par l'ensemble des pouvoirs publics et serve de document de référence diffusable à tous. " Ceci, précise-t-il, " afin d'éviter les découvertes régulières de sources oubliées ou sous-estimées. " Pour sa part le Président de la Région, Jean-Paul Huchon, mettra " en place un groupe de travail chargé de définir un cahier des charges de ce diagnostic ", il sera " effectif dès l'automne ".
Sur place, les Verts-93 formulent une triple exigence. Au ministre de la défense, ils demandent de lever le secret militaire. Aux pouvoirs publics, ils réclament une enquête indépendante (Crii-Rad par exemple) pour connaître avec précision les éléments et les taux de radioactivité sur le centre CEA et aux alentours (Tremblay, Villepinte, Livry-Gargan, Villeparisis). Enfin, ils désirent qu'une étude épidémiologique soit effectuée pour mesurer les impacts éventuels sur la santé de la population. Le ministère chargé de l'environnement et la Région Ile-de-France ont fait savoir qu'ils prendraient en charge les frais d'expertise.
Une enquête d'utilité publique préalable à la cession s'est achevée, le préfet a stipulé que les acheteurs ne pourront en aucun cas utiliser les lieux pour y construire des écoles ou des logements. Les pouvoirs publics affirment que le site a été dépollué par une entreprise spécialisée avec un traitement par enlèvement des sols éventuellement contaminés.


Article paru dans " Presse Environnement " du 22 juin 2000